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PORTRAITS

Ils sont artiste, cheffe étoilée, designer ou apiculteur, pilote automobile ou créatrice de mode. Leur point commun ? Ces personnalités glamour ou au cœur de la vie culturelle, économique et sociale régionale sont les moteurs de l’actualité azuréenne. Découvrez sans filtre le témoignage de leur parcours, leurs rêves, leurs ambitions et leurs projets à venir.

avril 2021
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TROPHÉE DES FEMMES DIRIGEANTES / COTE

Femmes Chefs d’Entreprises

« Pour commencer, se sentir légitime »

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Réunion des délégations FCE de Nice et Cannes, en automne dernier, au Palais des festivals et des congrès de Cannes.
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Marielle Walicki, créatrice et ancienne présidente de la délégation niçoise de FCE.

Au sein de cette association d’envergure internationale, elles sont mobilisées pour faire bouger les lignes. Rencontre avec Marielle Walicki, présidente de FCE pour la région SUD, et Paule Vera, présidente du jury du Trophée COTE de la femme dirigeante*.

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Paule Vera, ancienne présidente de la délégation de Cannes.

Si Femmes Chefs d’Entreprises est implantée au niveau local, ce réseau est aussi déployé dans toute la France et à travers le monde. Parlez-nous de son histoire et de ses objectifs…
P.V. Le réseau est né au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, et il est implanté aujourd’hui dans cent soixante-dix pays. Nous avons huit délégations sur la Côte d’Azur, de Saint-Raphaël à Monaco. L’association a donc vu le jour au moment où les femmes ont acquis le droit de vote, sachant que jusqu’en 1965 elles n’avaient pas le droit d’ouvrir un compte en banque sans l’accord de leur mari. Ce sont finalement des droits très récents, et en termes de salaires on est encore loin de l’égalité.
M.W. Nos membres sont dirigeantes ou détentrices d’une partie du capital social de leur entreprise, et nous avons aussi des sympathisantes. Etant une structure apolitique, nous concentrons nos efforts sur les mandats, la prise de responsabilité dans la vie économique et des instances comme les CCI, Chambres des métiers et de l’artisanat, l’URSAFF, les tribunaux de commerce ou les prud’hommes.
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Comment pensez-vous qu’on puisse faire évoluer l’égalité femmes-hommes dans l’économie, dont le ministre de l’Economie a d’ailleurs fait l’une des priorités du quinquennat ?
M.W. Bruno Lemaire a expliqué que les femmes étaient insuffisamment représentées et qu’il fallait faire une loi. Il faut donc passer par l’Assemblée nationale car, malheureusement, les choses ne se font pas naturellement. Je me souviens que quand on avait introduit des quotas au tournant des années 2000, j’avais trouvé ça presque dévalorisant mais comment faire autrement ? Quand on voit des pays comme la Suède et l’Islande où il y a une réelle parité, cela laisse songeur. Après, fort heureusement, les mentalités des nouvelles générations changent.

Qu’en est-il de la situation des femmes à la tête d’entreprises azuréennes ?
P.V. Eh bien 65 % des petits commerces sont dirigés par des femmes. Cela signifie que la majorité des entreprises sont détenues par des femmes, mais ce ne sont pas de grosses structures. Elles sont souvent orientées vers les services à la personne. La plupart d’entre elles gagnent ainsi moins de 1 500 € par mois et elles ont été particulièrement impactées par la crise sanitaire.
M.W. En tant qu’avocate spécialisée en droit des affaires depuis 31 ans, je travaille en grande majorité pour des entreprises dirigées par des hommes. Les femmes en fait se tournent souvent davantage vers les microprojets, car il n’y a pas de capital social et de passif. Elles ont aussi tendance à emprunter moins, pour ne pas plomber le bilan de leur entreprise, comme pour un budget de famille.

Quelles sont du coup les actions prioritaires de votre association ?
M.W. Nous travaillons d’abord sur les mentalités, ce syndrome de l’imposteur qui relève de l’éducation depuis des générations et qui fait que des femmes ont fini par croire qu’elles n’étaient pas légitimes. On dit souvent qu’elles gagnent moins car elles ont des enfants, alors qu’en fait elles ont déjà 30 % de rémunération en moins dans les 5 ans qui suivent le diplôme. En cause, le fait de savoir se vendre à l’embauche ou d’oser demander une augmentation. Tous les mois, nous organisons ainsi une formation sur des aspects techniques ou du développement personnel. Et cette année, nous avons aussi comme grands événements les Trophées COTE et notre congrès national en octobre sur le thème : « le sens, essence de l’entreprise ».
P.V. L’association permet de sortir de l’isolement du chef d’entreprise. C’est un réseau de solidarité, et quand l’une de nos membres déménage elle peut se rapprocher d’une autre délégation locale. Deux fois par an, nous ouvrons aussi le réseau à des tiers, pour notre grande soirée d’été et Noël.

Pensez-vous qu’il faille aller dans le sens d’une adhésion ouverte également aux hommes ?
M.W. C’est de la complémentarité que vient la richesse, il faut donc arrêter d’opposer les hommes et les femmes. En attendant, les femmes doivent gagner en confiance et autonomie, alors quand elles se
sentiront les égales des hommes, on pourra faire une association mixte.
P.V. Il y a en effet un gros retard à combler et cela semble pour l’heure plus facile ainsi, car nos membres peuvent plus aisément se confier et aborder les problèmes pour aller vers l’avant.