Portraits

venet.jpg

Bernar Venet à la galerie Kasmin à New York, 2016. © Steve Benisty

Bernar Venet, Kader Attia

  • Du grand art

02.2020

Grand par son talent, grand par sa réussite, la planète accueille ses sculptures, Bernar Venet excelle par sa générosité. L’accompagnement s’inscrit comme une tradition dans son parcours. Dans le monde de l’art contemporain, il fait partie de cette poignée de Français qui sort du lot. Une reconnaissance internationale construite au fil des ans depuis New York où très vite Bernar s’installe, suite à sa rencontre avec le sculpteur Arman. Conquérir le monde depuis cet Eldorado des années 70 n’est pas si simple. L’argent ne coule pas à flots. Arman l’aide, accueille ses œuvres dans son entrepôt. Son vocabulaire artistique radical séduit, Donald Judd, Sol LeWitt ou Michael Heizer l’acceptent, il expose dans les galeries les plus pointues, Leo Castelli entre autres. Son esthétique sobre et industrielle, son tas de charbon, son goudron font fureur. Paradoxe de sa réussite, français, il devient l’un des représentants de l’avant-garde américaine minimale et conceptuelle et c’est bien cette reconnaissance américaine qui lui ouvre les portes des musées européens. Bernar Venet nous reçoit dans sa Fondation au Muy, évoque les années de ses débuts et son engagement dans la volonté de parrainer de jeunes artistes et ce, depuis plusieurs années. A ce sujet, il questionne quelques experts pour accompagner ses choix.

« Il en veut, il a faim »
Sur ces mots, Jérôme Sans – cofondateur du Palais de Tokyo, entre autres – lui conseille le jeune artiste Kader Attia. « J’ai croisé le chemin de Kader Attia aux alentours des années 2006. J’avais décidé de donner des bourses à des jeunes artistes afin de les faire venir aux États-Unis, avec la possibilité éventuellement de loger chez moi, sur la 21e rue. » Rendez-vous organisé au Flore à Paris entre Jérôme, Kader et Bernar. « J’ai vu un jeune homme extrêmement dynamique. J’ai donc décidé de lui donner cette bourse qui était de dix mille euros et il est venu quelque temps plus tard à New York habiter au premier étage de mon immeuble où une petite chambre était installée. Je l’ai laissé travailler là et je me souviens qu’il a créé ici la pièce Ghost en utilisant le corps de mes assistantes. Je garde un très bon souvenir de ma rencontre avec Kader ». Depuis Kader Attia a réalisé une très belle carrière. Installé à Berlin, il reçoit le Prix Marcel Duchamp en 2016 et dirige la Colonie Barrée à partir de 2017.

Par Dominique Juan