ART & HORLOGERIE

 

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A L'HEURE DU DESSIN


05.2014

 

Avant de devenir objet de convoitise, une montre naît sur le papier. Dans les ateliers de design, il est alors question de nombre d’or et d’équilibre. Esquisse d’une icône en devenir.

 

J’ébauche mes idées sur un petit bout de papier avant de le soumettre aux designers », confie Jérôme de Witt, à la tête de sa manufacture indépendante. Marie-Laure Cérède, en charge du design chez Harry Winston, met quant à elle un point d’honneur à recruter dans son équipe des talents sachant manier la gouache et le pinceau. Certes, le processus de création passera par des logiciels ultrapointus, mais l’aventure d’un garde-temps débute là : une idée, plus ou moins folle, esquissée à la main. Une étape primordiale pour sa réussite. Chez Piaget, Franck Touzeau, directeur marketing horlogerie, mène de front les deux équipes – design et marketing – qui travaillent main dans la main, en amont de la fabrication. « Que ce soit pour une extension de gamme ou pour la création d’un nouveau modèle, nous créons de manière collégiale. Après une étude de marché, on réalise un brief qui décrit l’univers de la ligne et de la cible client. Ce sketch d’inspiration doit être bien construit pour que le designer parte dans le bon sens », précise-t-il. « Le rétroplanning, de la maquette jusqu’au projet final en passant par les prototypes, contraindra les intervenants à un suivi hebdomadaire pendant deux ans en moyenne. » Et comment peut-on savoir qu’un modèle est réussi ? « Il y a un vrai travail sur le nombre d’or, l’équilibre et
l’ergonomie. Un designer d’expé­rien­ce m’a confié un jour qu’une montre désirable est aussi belle à regarder qu’à toucher. Elle ne doit pas avoir d’aspérités. » Si chez Piaget les lignes de l’Altiplano et les exigences de l’extraplat sont un langage quotidien, on constate que la tendance générale est à cette sobriété, qui plaît à tout âge. Quoi de plus difficile que de dessiner un garde-temps consensuel, qu’on ne se lassera pas de regarder aujourd’hui… mais aussi dans plusieurs décennies ?

Éloge de l’épure
Car il est bien là le secret de la durabilité d’une montre. Son design doit être atemporel, classique, universel. Une équation aussi fascinante que mystérieuse. Après des années de démonstration technique et de fantaisie débridée, il semblerait que les horlogers soient unanimes. Rien ne suscite plus le désir et ne rassure d'avantage qu’un garde-temps épuré. Et dans ce périlleux exercice de style, la manufacture Blancpain est un exemple. Qu’ils affichent les phases de lune ou le quantième perpétuel, les cadrans de la collection Villeret se dotent d’une élégance rare. Même constat chez Breguet, fabricant de best-sellers sur le long terme. Par essence, l’épure traverse les décennies sans prendre une ride. Cette année, Omega relève le défi en présentant sa DeVille Trésor. Inspirée du modèle de 1949, animée par un mouvement Co-Axial, la montre s’habille d’un cadran au motif vintage Clous de Paris, qui ravira les gentlemen. Un cachet auquel n’a rien à envier la ligne Cellini de Rolex. La version heure-minute-seconde, par exemple, offre quatre déclinaisons plus racées les unes que les autres : cadran laqué noir ou blanc dans un boîtier en or gris ou everose. Enfin, Longines célèbre les 60 ans de son modèle Conquest. À cette occasion, la collection de rééditions commémoratives Conquest Heritage 1954-2014 s’inspire du design originel. En acier, or jaune ou rose, le collector reprend le cadran argenté.