PARU DANS COTE LA REVUE D'AZUR

 

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Anouk Matecki

  • « L’acte de bâtir ne peut pas être narcissique. »
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05.2014

En octobre dernier, cette architecte recevait le prix « Logement collectif » au concours d’architecture contemporaine ArchiCOTE pour son projet réalisé à Vence. Rencontre avec une personnalité sensible. Parlez-nous de votre rapport au paysage.

 

Dans notre région, où les montagnes plongent à la verticale dans la mer, il est très fort. Je suis née à Nice et j’ai toujours été fascinée par la ligne d’horizon, où se rattachent le ciel et la terre. Nous sommes en rapport direct avec le paysage et il est source de questionnement : s’insérer ou pas, se mettre en opposition ou dialoguer, lui tourner le dos ou être égoïste et ne penser qu’à l’objet. Il faut qu’il y ait une réflexion car ici, ce qui est en jeu, c’est la fabrication d’un nouveau paysage.

 

L’architecture ne concerne donc pas juste l’acte de bâtir ?

L’architecture est pour moi un questionnement des choses. C’est une philosophie de vie, de pensée. C’est une conscience qui nous entoure. Construire, ce n’est pas un retour juste sur soi. L’acte de bâtir ne peut pas être narcissique. Si je ne construis que pour moi, je ne fais qu’un objet. Et l’important, ce n’est pas l’objet.La designer Charlotte Perriand disait justement : « Le sujet, ce n’est pas l’objet, c’est l’Homme. »Oui, ma vision de l’architecture est la même. L’humain est au centre. Le projet n’est qu’un objet de transition entre ses différents acteurs. C’est un lien avec les autres. Mon approche correspond à ce que je suis dans la vie, c’est aussi ma sensibilité. C’est un tout. Si vous n’aimez pas les autres, vous ne faites pas ce métier ou alors vous êtes bétonneur, et non pas architecte.

 

C’est donc avant tout une démarche intime ?

Pour moi, la démarche créative naît de la relation au site et au paysage, ainsi qu’au questionnement que cela induit. C’est le sens du projet de logement collectif de Vence qui a été primé au concours ArchiCOTE. J’étends les logements dans le vide, donc je crée une relation directe avec l’environnement. On joue des volumes pour produire une émotion au sein de l’habitat. On est dans du collectif, mais ça ne se ressent pas : « Tiens, en dessous de moi, je suis un peu dans le vide »… On provoque une sensation qui vous extrait du logement, qui vous sort d'un contexte qui n’est pas toujours favorable, car collectif.

Le volume en suspension est-il un élément récurrent dans votre travail ? C’est une sorte fil rouge qui me permet de jouer avec les contrastes. Mais ces contrastes s’expriment plus à travers des notions, comme le lourd, le léger, qu’à travers des formes géométriques. Cela nous amène aussi à nous poser la question : « Comment ça tient ? ».

 

Des contrastes associés à une expression formelle simple ?

Oui, il n’y a jamais de surenchère. Pour un projet de villa contemporaine à Mougins, je n’utilise, par exemple, que deux volumes. Un socle minéral, qui ancre la structure sur le sol, superposé à un volume neutre et adouci par l’utilisation du bois en façade et de l’inox. Mais derrière cette apparente simplicité, il y a un concept et une logique qui vient du site. Ces inserts d’inox poli, par exemple, sont des éléments réflecteurs du paysage et offrent à cette façade plate une vibration, comme un encéphalogramme.

 

Il y a un esprit très « japonais » dans votre œuvre !

Oui, mon travail s’inspire des architectes japonais et du travail de certains artistes contemporains comme Olafur Eliasson, Kengo Kuma ou Toyo Ito, où la poésie et la symbolique priment et où l’architecture sait se faire humble et souligne les éléments fondamentaux : l’air, la lumière, le ciel. Je ne veux pas faire une architecture de remplissage, mais remplir par l’espace et le vide. Pour reprendre l’exemple de cette villa à Mougins, j’avais une contrainte importante : la grande proximité du voisinage. Pour cette raison, le volume supérieur, espace de nuit, n’offre aucune vue directe sur l’extérieur tout en proposant une zone tampon. La chambre est ouverte sur un patio, lui-même ouvert sur le ciel. Je crée ainsi une vie intérieure tout en conservant les principaux éléments, comme l’air et la lumière. Le patio me permet de cadrer sur le ciel, qui, lui, devient le paysage.

 

 

 

 

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