Portraits

 

 

 
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 Auteur, metteur en scène et producteur, le Niçois Gil Marsala, à la tête de Directo Productions, a conquis le monde entier avec ses spectacles.

Gil Marsalla

  • « Vous connaissez la France ? Ah oui, Piaf et Aznavour… »

10.2018

Entreprise familiale, festive et niçoise, Directo Productions cartonne à l’international en exportant les plus grandes icônes de la chanson française. Rencontre
avec son PDG.

COTE : Parlez-nous de votre amour pour la musique et de la naissance de Directo Productions…
Gil Marsalla : Très simplement, je suis né dans une famille de musiciens. À 14 ans, je jouais déjà sur scène avec un orchestre de variété française. On animait les fêtes de village et festins de l’arrière-pays. C’est une merveilleuse école de la scène. J’ai suivi un double cursus au Conservatoire de Nice et à l’université, en socio-ethnologie, puis j’ai fondé ma société en 2001. Je suis fier d’être issu de ce milieu artistique, d’avoir cette connaissance musicale et technique, car nous n’avons pas besoin d’intermédiaires pour produire nos événements et c’est là notre force ! Côté événementiel, nous avons fait l’inauguration du tramway niçois en 2007, les Fêtes du port de Nice et Cannes et, côté production, des concerts clés en main pour les mairies avec Bruel, Obispo, Mitchell, Kool and The Gang…

Qu’est-ce qui vous a fait franchir un cap, développer votre entreprise à l’international ?
G. M. : À l’approche des années 2010, la concurrence était rude dans la région, il fallait se démarquer. Le film La Vie en rose avait été encensé aux Oscars, et j’ai constaté en voyageant que les gens me citaient d’emblée Édith Piaf et Charles Aznavour, dont la disparition récente a ému des personnalités aux quatre coins du globe. Ce patrimoine musical français d’après-guerre, des années 1950 à 1980, était connu dans le monde entier et pourtant peu présenté en spectacles à l'international. On a donc d’abord lancé un récital Piaf en trio, avec une chanteuse et deux musiciens, et on l’a présenté des États-Unis au Japon ! C’était le relais de croissance que je cherchais. Alors à l’occasion de l’anniversaire de la disparition de Piaf en 2013 et du 100e anniversaire de sa naissance en 2015, il fallait appuyer sur le champignon…

« Piaf ! Le Spectacle », c’est ainsi l’histoire d’un immense succès, avec des talents locaux…
G. M. :Oui, c’est à ce jour le plus gros succès mondial français selon Bureau Export, avec pas moins de 300 représentations et 1 million de spectateurs dans 50 pays ! Si on croit souvent que tout se fait à Paris, je voulais pour des raisons pratiques monter ce spectacle à Nice. La Côte d’Azur, en dehors de son attrait touristique, est une capitale artistique, technique et logistique considérable. En organisant une audition régionale, j’ai rencontré la chanteuse Anne Carrère, venue du Var. Je voulais une interprète avec une vraie personnalité et de la modernité. Ce spectacle, avec son décor, ses vidéos et ses images de Piaf jamais montrées auparavant, je l’ai produit sur mes fonds propres au Carnegie Hall de New York, la salle la plus prestigieuse au monde. Et il sera de retour au Théâtre de Grasse les 5 et 6 avril 2019.

Comment avez-vous prolongé cette aventure, en hommage à notre patrimoine musical ?
G. M. :J’ai choisi d’écrire une trilogie, en me fixant comme objectif de produire un spectacle par an. Après Piaf, nous avons donc imaginé « Paris ! Le Spectacle », avec les grandes chansons d’après-guerre que tous nous envient. Puis il y a eu « Formidable ! », créé avec l’accord de Charles Aznavour et qui retrace sa carrière à travers la voix de Jules Grison, venu de Mouans-Sartoux. Dans la foulée, nous allons aussi produire « Piaf symphonique » avec le Japonais Nobuyuki Nakajima. Son adaptation des succès de Gainsbourg avec Jane Birkin pour orchestre symphonique a été pour moi un coup de cœur. Jamais les chansons d’Édith Piaf n’avaient été arrangées pour ce type d’orchestre. Nous sommes donc partis d’une feuille blanche. La première aura lieu à l’Opéra de Nice, les 14, 15 et 16 juin 2019.

Comment gardez-vous un lien fort avec la Côte d’Azur et son territoire ?
G. M. :Si Directo Production tend aujourd’hui vers l’international, nous tenons à garder un ancrage local. Nous sommes une petite équipe de six personnes, qui travaille avec près de 400 intermittents dans la région. Nous produisons des humoristes comme Laurent Barat, Yves Pujol, Cyril Etesse, Stan, mais également des festivals comme Les Plages du Rire de Nice, Les Nuits Guitares de Beaulieu-sur-Mer, qui ont marqué cet été des records d’affluence, et nous contribuons aux grands événements de la Côte d’Azur.

Avez-vous un projet fou, un spectacle que vous rêveriez de produire ?
Oui ! Paris est la plus grosse capitale touristique mondiale et, à l’image du Moulin Rouge, du Lido, je rêve d’y monter un spectacle permanent autour de ce patrimoine musical à travers lequel les gens nous identifient. Et bien sûr, produire mes spectacles à Broadway avec cette French touch que seuls les artistes et producteurs français possèdent.

Par Tanja Stojanov