Portraits

 

 

 
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Les architectesPhilippe Caron et Bastien Foucard.

Foucard & Caron

  • « L’architecture est faite pour être vécue et non pas vue »

09.2018

Bastien Foucard, lauréat du Prix ArchiCOTE 2017, vient de s’associer avec l’architecte Philippe Caron. Un duo qui partage la même vision de l’acte de bâtir.

Pourquoi l’architecture ?
Bastien Foucard : C’est à l’origine l’attirance pour un métier qui veut regrouper différentes disciplines – la création, les connaissances techniques – et lié à l’habitat. C’est-à-dire qui concerne tout le monde au quotidien. Exercer ce métier nécessite à la fois de la distance et une grande implication. Et bien sûr une grande responsabilité. C’est cette vision d’ensemble qui m’a séduit profondément. Nous incarnons un personnage pas réellement public mais qui travaille avec le public.

Plutôt une vision contemporaine ?
B. F. : Je ne sais pas si aujourd’hui le mot contem­porain a encore beaucoup de sens. On est  constamment en train de remettre en question ce type de conditionnement. Des conditionnements que nous nous sommes nous-mêmes donnés mais qui viennent aussi de notre culture et de notre parcours. Cette prise de distance doit désormais devenir un réflexe. 

Sortir de sa zone de confort ?
B. F. : Évidemment ! Donc si vous me posez la question de savoir ce qu’est pour moi l’architecture contemporaine, la seule réponse que je vous peux donner est : « Je ne sais plus. » Ou plutôt, si je dois préciser ma pensée, je considère que le vrai contemporain n’est pas un style mais c’est apporter une réponse qui a du sens dans un contexte très complexe lié à une commande précise.
Philippe Caron : On a toujours une habitude d’opposer le régionalisme au contemporain. Pour moi, ça n’a pas de sens. Il y a simplement de la bonne ou de la mauvaise architecture, un point c’est tout. Et il y a surtout un lieu avant une commande. Faire une maison de style Riviera dans la campagne, c’est idiot, mais en imaginer une au cap d’Antibes, ce n’est pas totalement ridicule. Mais il n’y a jamais non plus de réponse définitive. Il y a une corrélation à un moment entre un utilisateur, le lieu et l’envie.

Le dessin est-il finalement accessoire ?
B. F. : Pas du tout. L’importance réside dans la subtilité de dessin. À la sortie de l’école, j’étais très contemporain avec un fort penchant pour des lignes presque minimalistes. Maintenant, à force de voir ces petites maisons clichées pousser un petit peu partout, même dans des quartiers de campagne, je trouve que c’est un mimétisme qui frise le vulgaire.
P. C. : D’un point de vue intellectuel, ça peut être valorisant de faire des objets très graphiques. Mais l’architecture ne produit pas d’œuvre d’art. Ce n’est pas de la peinture ni de la sculpture. C’est public, c’est fonctionnel, c’est destiné à des gens. Aujourd’hui, on a une tendance au contemporain qui est un peu trop systématique et qui n’est pas toujours bien maîtrisée.

C’est peut-être aussi une contre-réaction à une tendance du surrégionalisme ?
P. C. : Oui et qui a été malheureusement complètement détournée pour nous amener au pseudo-provençal ou au néoclassique. On a farci le paysage avec n’importe quoi et n’importe où. Mais les excès ont été faits dans les deux sens avec des projets contemporains qui s’imposent uniquement pour satisfaire l’ego de certains architectes. L’architecture n’est pas faite pour être vu mais pour être vécue. Cette vision change radicalement l’approche conceptuelle de tout ce que vous allez réaliser.
B. F. : L’architecture, c’est créer une maison pour vivre et non pas statutaire. C’est très subtil et il faut aborder l’acte de bâtir comme un élément qui fabrique du territoire grâce à des maisons parfaitement intégrées avec finesse, dans une pente par exemple, de manière à valoriser, tout en le respectant, un paysage plutôt qu’un bâtiment.

Par Alexandre Benoist