Portraits

 

 

 
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Véronique Hours et Fabien Mauduit

  • « Proposer une architecture humaine et adaptée au client »

07.2018

Les lauréats du concours ArchiCOTE 2018 dans la catégorie « Projet » reviennent sur leur prix et leur vision d’une architecture, à la croisée des mondes.

Ce projet de maison en Corse est-il réalisé ?
Véronique Hours : Oui, les clients sont rentrés dedans. Et nous sommes très contents car, entre les images de synthèse et le projet fini, c’est exactement la même chose.

Quelles en sont les grandes lignes ?
V. H. : Simples. Nous n’avions que trois critères à respecter : plain pied, façades en pierre et trois chambres, une parentale pour eux et deux pour la
famille. En termes d’organisation spatiale, nous sommes allés plus loin en pro­posant d’exploiter ces deux chambres – rarement utilisées finalement – en espaces dédiés à leurs activités favorites : la méditation pour madame et l’informatique pour monsieur.
Fabien Mauduit : En effet, il est important à chaque projet de comprendre le quotidien des clients. Nous leur avons donc demandé de nous décrire le déroulement de leur journée, du lever au coucher, afin de s’imprégner de leurs habitudes et de répondre précisément à leurs demandes.
V. H. : Nous avons proposé un grand espace à vivre délimité par quatre petits volumes – les trois chambres et un espace technique – orientés selon leurs fonctions : la chambre au sud, face à la vue, la pièce de méditation à l’est, face au soleil levant, la pièce technique au nord et la pièce de travail à l’ouest. Le fait d’avoir thématisé ces espaces nous a aidés à organiser le plan.

Vous avez commencé votre carrière dans une agence parisienne ?
F. M. : En fait, on s’est rencontré là-bas. Mais il a 5 ans, nous avons décidé de partir au Japon pour faire une étude sur la maison contemporaine. Cela a donné lieu à un livre et à une exposition qui tourne toujours à travers le monde et notamment – consécration – à Tokyo !
V. H. : Cette expérience nous a fait comprendre que la recherche théorique nourrissait beaucoup les projets architecturaux et que notre travail consiste autant à construire qu’à faire des recherches. Les deux sont complémentaires.

Pourquoi le Japon ?
V. H. : Nous avons toujours été intrigués par cette architecture très parti­culière. Comment les gens peuvent vivre là-dedans ? Des maisons sans portes, avec des pièces qui ne sont accessibles qu’en passant par l’extérieur
et qui n’ont pas de fonction dédiée, comme un salon qui devient une chambre en déroulant le futon rangé dans le placard la journée… Des maisons « OVNI » et des modes de vie incongrus pour nous.

Qu’en avez-vous retiré ?
F. M. : Il y a une sorte d’impermanence de l’architecture. Elle est faite en fonction des besoins et des envies à l’instant T, comme mettre un toboggan dans la maison, car les enfants entre 2 et 5 ans vont l’utiliser. Ce travail nous a d’ailleurs donné envie de préparer une nouvelle étude, cette fois-ci sur la maison traditionnelle pour remonter à l’origine de l’architecture nippone afin d’en comprendre tous les mécanismes.

Après le Japon, le Chili ?
V. H. : Oui, nous y sommes allés pour faire un guide sur l’architecture du pays. On ne savait pas trop ce qu'on allait y trouver, mais finalement, il y a un patrimoine moderne exceptionnel. Le Corbusier n’aurait pas fait mieux !
F. M. : Il y a aussi une relation forte avec la matérialité. C’est un pays où le secteur du bâtiment est très peu industrialisé. Le rendu n’est jamais lisse mais marqué par le geste. Par exemple, l’utilisation de coffrages fabriqués de manière artisanale laisse des empreintes fortes sur les surfaces brutes.

Ces deux voyages ont-ils changé votre vision de l’architecture ?
F. M. : Analyser la maison d’autres cultures nous permet de prendre du recul sur notre propre mode d’habiter. C’est une source d’inspiration qu’il faut réussir à la réintroduire dans notre technique constructive. Quand on regarde notre projet en Corse, le Japon nous a clairement influencés dans cette relation intérieur-extérieur et le cadrage du paysage. Chacune des quatre pièces donne sur un premier plan constitué d’un jardin miniature qui ouvre ensuite sur le grand paysage.
V. H. : Concernant le Chili, c’est évidemment la matérialité. En Corse, les murs ne sont pas lisses et les marques des planches de coffrage sont visibles. Ce motif de rayures verticales a été dupliqué sur les portes en bois de manière à ce qu’elles se confondent avec les murs. On cherche à chaque fois à aller à l’essentiel avec le minimum de moyens. C’est le matériau qui teinte l’atmosphère. C’est un enjeu important pour les architectes car on nous reproche souvent de faire des projets trop froids et inhabitables. Je suis contre cette notion-là. Le devoir de l’architecte est de proposer une architecture humaine et adaptée au client.

Par Alexandre Benoist