Portraits

 

 

 
 SANDRA LECOQ 2017 JMS

 

Sandra D. Lecoq

  • Retrouver le temps

12.2017

Avec mon frère, on a usé nos culottes étant enfants à la Fondation Maeght », s’amuse Sandra D. Lecoq. En Cendrillon d’un grand art, dont les femmes sont plus souvent absentes, elle a su imposer son nom parmi les talents niçois incontournables, comme nous l’évoquions dans nos pages en 2014. « Il y a toujours une lecture un peu réductrice de ce que je fais. Une fille qui crée avec des chiffons et des tissus, c’est un peu la tarte à la crème ! », ironise cette artiste, tantôt pudique, tantôt loquace, et surtout résolument pragmatique. Pour elle qui a marqué les esprits avec ses Penis Carpets, ces grandes pièces en forme de sexe masculin tressées pendant des jours, puis les mots injurieux décalés de sa série H de Guerre, l’art se vit davantage qu’il ne se théorise. « Mon intention n’est pas de provoquer. Mon parcours est plus une histoire de glissements, dans la représentation et le vocabulaire. À un moment, le phallus a disparu et j’ai commencé à explorer le coq de mon nom, la cravate et les fleurs. » Quatre ans après Mourrons les oiseaux, elle était de retour cet été à la galerie Eva Vautier avec Autoportrait des autres en noir, une trentaine de portraits de proches et de figures qui l’ont marquée. Après avoir cousu ses chiffons d’atelier, puis des tissus multicolores prenant la place du châssis et de la toile, Sandra D. Lecoq pose ainsi un geste pictural à contre-courant. S’il lui a fallu vingt ans pour oser cela, il ne s’agit pourtant pas pour elle d’une rupture, mais plutôt d’une continuité. « Quand j’étais étudiante à la Villa Arson, j’étais considérée comme ringarde par mes copines pro-conceptuelles. Pour moi, tout est une question de peinture et de famille dans mon travail. » Peindre des portraits, c’est donc entrer dans un autre rapport au temps. C’est prendre des risques, se mettre en déséquilibre, dans ce rapport au désir qui fait avancer. Et de conclure : « Je ne m’empêche pourtant pas de refaire des tissus ou des H de Guerre. Les séries que j’initie ne sont jamais fermées. »

 

Par Tanja Stojanov

Photo Jean-Michel Sordello