Portraits

 

 

 
 Portrait-Veronique-Hours--Fabien-Mauduit.jpg

 Véronique Hours & Fabien Mauduit dans la maison du Pélavé.

Fabien Mauduit & Véronique Hours

  • Vivre et penser l’architecture ensemble

03.2019

Au sein du collectif A.P.ARTS, ils défendent une architecture humaine, adaptée aux usages, ouverte sur le monde. Rencontre avec les lauréats du Prix « Less is more » du concours ArchiCOTE 2018.

Parlez-nous de votre rencontre et de l’état d’esprit d’A.P.ARTS ?
Véronique Hours : Nous nous sommes rencontrés à Paris en 2004 dans l’agence de Marc Mimram, architecte et ingénieur, après des parcours différents : des études à Montréal et à Paris pour ma part ; et à Montpellier puis Rotterdam pour Fabien. Quatre ans plus tard, nous avons créé A.P.ARTs, acronyme formé à partir des mots Architecture, Paysages et Arts. L’idée est de travailler en collaboration avec des professionnels d’horizons divers correspondant aux besoins de chaque projet. Fabien Mauduit : Afin de garder l’esprit ouvert, nous développons aussi des sujets de recherche. C’est comme ça qu’est née une exposition sur les maisons contemporaines au Japon, qui a tourné un peu partout en Europe, au Japon et sera présentée à l’Université de Yale jusqu’au 4 mai 2019.

Qu’avez-vous souhaité montrer dans cette exposition sur le Japon ?
F. M. : Qu’il est enrichissant de découvrir d’autres façons d’habiter ! En Europe, nous avons des maisons formidables, mais certains espaces restent souvent vides, comme les chambres d’amis. Les maisons japonaises sont davantage pensées pour répondre aux besoins de la famille à un instant t.
V. H. : Le prix des terrains étant plus élevé que la construction, la maison y est un objet de consommation courte. On construit dans une temporalité différente.

En quoi ces recherches ont-elles influencé votre façon de penser l’habitat ?
V. H. : Prenons pour exemple une maison construite en Corse l’an passé. La famille voulait un salon et trois chambres, mais les deux enfants n’habitaient pas là. Nous avons donc imaginé des pièces liées à leurs activités quotidiennes, qui peuvent se transformer en chambre grâce au mobilier.
F. M. : Un séjour d’étude au Chili, qui a donné lieu à un guide d’architecture publié chez DOM publishers, nous a éclairés aussi sur l’importance de l’architecture vernaculaire et son influence dans la production contemporaine chilienne. On y observe un retour aux matières brutes, l’adobe, le béton, ou encore le bois, ce qui nous a inspirés pour le projet primé par le concours ArchiCOTE 2018. Ici, des ganivelles de châtaigniers, habituellement employées pour les clôtures en bord de mer, sont utilisées pour la confection des volets de chaque logement social, ce qui apporte de la matière, une rusticité au projet.

Quelles sont justement les grandes lignes de ce projet, primé dans la catégorie « Less is More » ?
F. M. : Nous avons imaginé une construction contemporaine liée au site et à son environnement immédiat avec au nord, la vue sur un piton rocheux monumental ; et au sud, une exposition privilégiée avec un apport lumineux maximal. La pièce à vivre est donc traversante, ouverte sur le paysage. Sur le côté, les chambres donnent également sur la terrasse.
V.H. : L’idée était de créer une architecture simple, avec des modules d’habitation qui se répètent et qui offrent un vrai rapport avec le paysage. On floute ainsi la limite entre l’intérieur et l’extérieur. C’est comme un jeu de pleins et de vides qui multiplie les points de vue.

Avez-vous d’autres travaux en cours qui vous tiennent à cœur ?
V. H. : Oui, nous venons de gagner un projet de logements à Tokyo, où nous travaillons avec une équipe japonaise. Notre souhait a été de faire de cet immeuble un point de ralliement dans le quartier et de recréer du lien entre les générations. Le volume principal est entouré d’une forêt ouverte à tous, avec des activités multiples changeant au gré des saisons. Ensuite, chaque niveau comprend une terrasse ouverte et partagée entre les habitants du lieu.
F.M. : Nous avons aussi pour projet d’écrire un livre sur l’architecture de notre région, car on y trouve de véritables chefs-d’œuvre comme la Fondation Maeght, la Villa Arson, Marina Baie des Anges, la Villa d'Eileen Gray mais aussi des bâtiments comme celui d’IBM à la Gaude et tout un tas de constructions privées remarquables. Nous voulons les faire découvrir au grand public en images.

Par Tanja Stojanov