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Serge Lutens...

  • en toutes lettres

12.2014

Il est aussi fin joueur de mots que subtil assembleur de matières. De Marrakech, où il a choisi de vivre, cette figure majeure de la haute parfumerie française nous livre quelques confidences sur son sujet de prédilection et sa nouvelle collection grand luxe Section d’Or.



« Cet obscur objet du désir », emprunté au film de Luis Buñuel, sied comme un gant à l’univers singulier, sombre et confidentiel de Serge Lutens. Coiffeur, maquilleur, photographe, réalisateur, illustrateur, directeur artistique… l’homme arbore plusieurs cordes à son arc, dont il s’est délié de certaines au fil du temps pour ne garder que l’essentiel. Le Commandeur dans l’ordre des Arts et des Lettres fait une vraie filiation entre parfum et littérature, les mots lui permettant de dire ce que le parfum n’est pas en mesure de faire, et vice-versa. « Faire, c’est le seul recours pour être heureux dans la vie » expliquait-il en 2008. Cet hiver, le créateur de fragrances et cosmétiques lance une dizaine de nouveautés*, parmi lesquelles des éditions gravées de L’Orpheline, Louve et Jeux de Peau (1), des poudriers ultra-précieux, un fard à lèvres, un vaporisateur universel, mais surtout sa collection de parfums haut de gamme, dont le premier-né, L’Incendaire (2), lui a pris sept années de réflexion. Car, pour Section d’Or, Monsieur Lutens ne s’impose aucune limite dans le choix des ingrédients comme dans la préciosité du contenant. Le flacon noir aux bords biseautés, dont la fabrication a permis de sauver une usine en France, est présenté comme un bijou, emballé d’origami conçu au Japon.

 

SERGE LUTENS


Le parfum comme…

une écriture
Oui, en pleins et en déliés, si il écrit sur nous quelque chose que nous n'osons pas révéler. Il est l'audace des timides.

un souvenir
S'il nous ramène à lui et si ce lui nous ramène à nous.

une réflexion
C'est un miroir mais s'il nous reflète à l'envers, il parle de nous à l'endroit.

un sacerdoce
Charité bien ordonnée commence par soi-même ! Après tout, c'est un acte de foi à la première personne pour être reçu par ceux qu'on élit.

une matière
S'il y en a une, c'est nous-même et, de la même manière que la vie, elle évolue.

un voyage
Celui qui fait que nous sommes nous-mêmes, où que l'on soit.

un marché
... noir, j'espère !

une image
La moins sage possible.

une identité
L'habit ne fait pas le moine. Méfiez-vous des panoplies ! S'il faut le porter, c'est à la première personne du singulier.

une résistance
S'il ne la fait pas sauter, c'est qu'il n'est pas pour vous.

un conte
S'il quitte la vie, il est dangereux : un conte de faits, d'accord, mais pas un conte de fées !

un secret
Il le révèle.

une couleur
Celle qui nous aveugle et dans laquelle pourtant on devrait se voir.

un mensonge
S'il dit notre vérité.



QUELQUES DATES

1942 naissance durant la guerre, dans le Nord de la France. « Séparé dès les premières semaines de sa mère, sa personnalité sera marquée dès lors par le sentiment d’un abandon originel », peut-on lire en guise d’ouverture de sa biographie officielle.
1958 le noir devient sa couleur
1962 quitte Lille et le salon de coiffure où il a été placé « contre son gré » pour s’installer à Paris
1967 directeur artistique des Parfums Christian Dior qui lance une ligne de maquillage
1968 choc olfactif et première légende amorcée : Serge Lutens découvre le Maroc et une branche de cèdre de l’Atlas qu’il ramasse sur le sol lui reste en mémoire jusqu’à la création en 1992 de son premier parfum culte Féminité du Bois.
1974 acquiert une maison dans la palmeraie de Marrakech, sa résidence principale
1980 signe avec Shiseido une première collaboration qui permettra au groupe de cosmétiques japonais d’imposer une identité visuelle qui fera le tour du monde
1992 la création de Féminité du Bois et des Salons du Palais-Royal à Paris, « première maison de parfums dédiée aux exigeants », marque une nouvelle conception de la parfumerie en lui redonnant ses lettres de noblesse. 
2000 la marque Serge Lutens est créée. La collection des parfums du Palais Royal, dite « flacons de table », compte 37 fragrances, dont les plus célèbres s’appellent Tubéreuse Criminelle, Cuir Mauresque, etc. Il existe 24 parfums dans la collection Rectangulaire.

 

(1) entre 15 et 30 exemplaires vendus 500 et 900 €
(2) 50 ml, 450 €

En vente à la boutique Palais Royal-Serge Lutens,
Jardins du Palais-Royal,
142 Galerie de Valois, Paris 1er - Tél. 01 49 27 09 09,
www.sergelutens.com
Et parfumeries sélectives.

 


Par Mireille Sartore