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Maison de Ben et Annie, 2013. Saint Pancrace, Nice./ © Ben Vautier © Jacques Heripret

Ben Vautier

  • « Tous ces artistes qui font partie de la peau de Nice »

06.2019

Ben réunit au 109 plus de 120 artistes, des plus connus aux plus confidentiels. Une salade niçoise comme on l’aime, une exposition éclectique, plurielle et résolument vivante ! Rencontre.

Immanquable. C’est assurément en ces termes que l’on peut parler de ce rendez-vous autour de Ben, baptisé La vie est un film. « Je ne voulais pas qu’on dise que c’est une exposition de musée, de consécration, de m’as-tu-vu qui dirait ceci est de l’art », lance l’octogénaire hyperactif, qui a accepté d’investir les lieux sur proposition du conseiller municipal Robert Roux à une condition, qu’on repeigne tous les murs en blanc ! Et petit à petit, le projet s’est étendu au 109, dans les anciens abattoirs de la ville, jusqu’à constituer un joyeux bazar organisé. Chaque invité de Ben y dispose de 3,5 mètres pour présenter ses travaux. Et de poursuivre : « Je viens de terminer l’aventure du César, dans le Vieux Nice, qui a bien marché. Nous avons fait des expos avec les « ratés » et « bipolaires ». Il y a un tas d’artistes qui ne font pas partie du clan, ne sont pas diplômés de la Villa Arson ou des Beaux-Arts de Paris, des artistes qui défendent la culture niçoise. » Un bouillonnement créatif à la Ben, une succession de vies d’artistes où l’on garde tout, du Nouveau Réalisme à Fluxus jusqu’à la jeune génération, et où il remet toute vérité en question, assurément dans la bonne humeur.

Depuis les premières performances
Cette exposition permet de parcourir l’histoire de l’artiste à Nice, sa ville depuis les années 1950. Dès le départ avec sa galerie Ben doute de tout, où il exposait les membres de l’Ecole de Nice, et jusque dans sa maison sur les hauteurs de Saint Pancrace, Ben a encouragé la création. « J’ai aussi collectionné les œuvres des autres, peut-être parce que je n’ai jamais cru en moi et que j’étais jaloux », s’amuse l’artiste, qui donne ici un aperçu de sa « collection non élitiste ». Ben a amené l’art dans la rue, à travers des gestes et actions effectués le plus souvent en public et qui sont des œuvres d’art à part entière. En témoignent une série de tableaux, pensés comme des fiches techniques et qui décrivent ces multiples interventions : Regarder le ciel, Ecrire sur un mur, Se marier, Vomir… L’accrochage permet aussi d’explorer ses thèmes favoris, comme les signatures dès 1958. « A l’époque, il y avait les affiches pour Villeglé et Hains, les accumulations pour Arman, le monochrome pour Klein… alors j’avais dit ok, eh bien moi je prends le dictionnaire ! », ironise ce provocateur qui joint alors le geste à la parole et signe en direct dans un exemplaire posé, une définition de sole.

De grandes expositions collectives
« J’ai convié pour l’occasion des artistes historiques et émergents, locaux et internationaux, des connaissances récentes comme des amis de longue date », poursuit-il. Ici donc, l’art est tout et partout, et l’on croise Marcel Alocco, Noël Dolla, Jean Dupuy, Patrick Moya, tout comme Jean-Baptiste Ganne, Arnaud Labelle-Rojoux, Natacha Lesueur, Stéphane Steiner et tant d’autres. « Bataillard a fait une pièce pour Satie, Combas présente un salon avec son tableau, Yoko Ono nous fait regarder la mer et les invisibles people…», égrène l’artiste, qui n’aurait eu aucun mal à doubler sa liste d’invités. Place à un espace à débattre composé de vieux canapés, qui semblent chacun avoir une âme, et à un ring du doute au programme libre, où chacun peut inscrire sa performance, « que ce soit pour lire un poème ou faire un concert Fluxus ». Une exposition vivante donc, délicieusement iconoclaste, où oui, on se dit que la vie, chaque vie d’artiste, est sans conteste un film.

Par Tanja Stojanov