LA RÉVOLUTION 2.0

 
 impression 3D
 

L’impression 3D

  • va-t-elle changer le monde ?

03.2015

De la NASA aux laboratoires dentaires en passant par les designers ou les stylistes, l'impression 3D annonce la 3e révolution industrielle.

 

c'était la star incontestable du salon Consumer Electronics Show qui s'est tenu à Las Vegas en janvier dernier. L'imprimante 3D, réservée jusqu'à présent à une petite communauté de makers (bricoleurs inventeurs), est désormais à la portée de tous. Le principe ? Superposer des couches de matériaux spécifiques (métal, plastique, bois ou encore acier) pour créer des objets en trois dimensions à partir d'un fichier numérique. En quelques clics, vous pourrez, par exemple, réparer une poignée cassée, reproduire la pièce introuvable qui donnera une seconde vie à
votre électroménager, dupliquer le pion perdu d'un jeu de société...

 

Effet de mode ou prouesse technologique ?
Si les plus sceptiques y voient un gadget de plus destiné aux geeks, les partisans de la technologie prédisent l'avènement d'une nouvelle révolution industrielle. En effet, la fabrication additive a déjà trouvé des usages concrets dans de nombreux domaines d'application, de l'aéronautique, avec la réalisation de buses et de réacteurs de fusée, à l'industrie automobile, en passant par l'alimentation et la médecine où les progrès en la matière constituent une véritable prouesse technologique. Alors que l'on dénombre pas moins de 10 millions d'appareils auditifs et 500 000 implants dentaires imprimés en 3D, ce procédé de fabrication permet, depuis 2011, la création de vaisseaux sanguins artificiels. Une étape décisive vers la production d'organes et de tissus aptes à la transplantation.

 

Vers une nouvelle forme d'économie
Améliorer la vitesse et la qualité d'impression, élargir le choix des matériaux et rendre accessible la maîtrise des logiciels de modélisation sont autant de barrières à lever pour que cet outil engendre une nouvelle révolution industrielle. Pour Benjamin et Matthieu Lavergne, auteurs de l'ouvrage L'imprimante 3D, une révolution en marche : « Ce procédé n'a pas vocation à remplacer les méthodes de fabrication traditionnelles. Son principal avantage repose sur l'élaboration de produits en petites séries, personnalisés et réalisés à la demande. C'est donc une nouvelle forme d'économie, organisée autour de marchés de niche, qui verra probablement le jour. »

 

Un tremplin pour la création
Employé depuis les années 80 à des fins expérimentales pour le prototypage rapide, le procédé est aujourd'hui courant dans la fabrication de produits finis. Il est une véritable opportunité pour de jeunes entrepreneurs, designers et stylistes de créer des objets à forte valeur ajoutée, sans aucune prise de risque financière. Un premier pas vers la personnalisation de masse ? « Sans aucun doute », répondent Benjamin et Matthieu Lavergne, qui rappellent que les services d'impression 3D proposent aux internautes de personnaliser un produit déjà designé par un professionnel. « On parle alors de co-création entre le designer qui crée l'objet et le consommateur qui ajoute la
touche finale en le remodelant à sa guise. » Une initiative désormais possible sur des sites comme Vous en 3D, Shapeways ou encore Sculpteo. Séduit par le concept, Philippe Starck, qui propose déjà des pièces à la commande pour le site TOG, ambitionne d'ouvrir une boutique d'un nouveau genre à São Paulo. L'objectif ? Permettre aux clients de personnaliser et d'imprimer des meubles en 3D.

 

Une source d'inspiration inépuisable
En mettant à profit ce nouvel outil, l'industrie de la mode et du design a gagné en créativité. L'habitat imprimé de François Brument et Sonia Laugier, présenté en 2013 au salon Maison & Objet, en est un bel exemple. Réalisée avec une imprimante à béton, cette cloison dévoile, dans un même mouvement de courbe, une alcôve avec claustra et bibliothèque côté pile, tandis que l'autre face renferme une douche et un dressing. « Avec les techniques courantes, on n'arriverait pas à produire autant de subtilité, de complexité. Ici, il n'y a plus de distinction entre le gros œuvre et les finitions », explique le designer François Brument. Même constat du côté de la mode où les possibilités infinies qu'offre la fabrication additive promettent d'ériger la 3D au rang d'œuvre d'art. En témoignent la robe confectionnée en 2013 par Michael Schmidt et Francis Bitonti pour Dita von Teese lors de la fashion week, le corset 3D signé Bradley Rothenberg pour Victoria's Secret, la collection de chaussures imaginée par Julien Fournier ou encore la Kinematics Dress, dernière création du studio new-yorkais Nervous System. Imprimée en une seule fois, cette pièce en nylon composée de 2 279 panneaux triangulaires vient tout juste de faire son entrée au MOMA à New York.

 

1960 : Arthur C. Clarke, inventeur et auteur de science-fiction, dont 2001 : l'Odyssée de l'espace, a l'idée d'une imprimante en 3D.

1986 : Charles (Chuck) W. Hull invente le processus d'impression 3D appelé StereoLithography Apparatus (SLA).

1988 : Commercialisation de la 1re imprimante 3D, la SLA-250.

2010 : Organovo, une société de médecine régénérative, annonce la publication de données sur les premiers vaisseaux sanguins entièrement imprimés en 3D.

2011 : Des chercheurs de l'université de Cornell construisent la première imprimante 3D alimentaire.

2012 : Lancement de la Cube par 3D Systems, une imprimante grand public, facile d'accès et abordable.

 

Par Marjorie Modi