LA RÉVOLUTION 2.0

 
 yannick lejeune
 

Yannick Lejeune

  • « A quoi la révolution numérique va-t-elle nous servir ? »

03.2015

Auteur et journaliste expert en ingénierie infor­ma­tique, Yannick Lejeune décrypte pour nous les grands bouleversements provoqués par l'avènement de l'ère 2.0.

 

Que nous réserve la révolution numérique ?
Vu l'accélération technologique, il faut être un génie pour se projeter à 5 ans. Néanmoins, des grandes tendances de fond apparaissent, comme le « computing », c'est-à-dire l'utilisation partout et tout le temps de l'ordinateur connecté à Internet dans notre vie quotidienne. C'est déjà le cas avec le smartphone, mais ce phénomène est appelé à se développer avec les objets connectés. Résultat, nous allons générer un flot de données en continu – combien de calories j'ai perdu en montant l'escalier, combien de bouteilles de lait je dois acheter pour remplir mon frigo... – qui sera disponible pour nous, mais risque aussi de l'être pour les autres...

 

Nous sommes donc appelés à être transformés en « données quantifiables » ?
Absolument. Mais la question est de savoir ce que l'on va en faire. Cela peut permettre en effet de créer des produits qui collent parfaitement aux attentes des utilisateurs. Comme la série House of Cards imaginée par Netflix à partir de l'analyse des usages de ses abonnés qui a révélé, entre autres, leur goût pour l'acteur Kevin Spacey et les thrillers politiques ! Ou encore la possibilité comme le font des anciens ingénieurs de Google de calculer la probabilité d'avoir telle ou telle maladie en fonction de son génome. Mais cela peut engendrer des dérives. Par exemple, vouloir déceler dès l'enfance par l'analyse des comportements les personnalités susceptibles d'être des délinquants à l'âge adulte – ce qui fut évoqué un temps par certaines personnalités politiques.

 

La gestion de toutes ces informations demande des systèmes ultrapuissants.
Gérer de telles quantités nécessite une intelligence supérieure à l'intelligence humaine. On parle alors d'intelligence artificielle. Ce domaine de recherche, qui se développe de plus en plus, donne déjà des résultats intéressants. Le dernier en date est un prototype mis au point par Google, capable d'analyser ce qui se passe sur une photo. Pour mémoire, quand vous postez une photo sur Facebook le système reconnaît assez facilement les visages, car ses algorithmes, il faut le savoir, sont bien plus avancés que ceux des services de renseignements. Mais Google va plus loin. Il pourra interpréter par croisement et compilation d'informations ce qu'il voit : « Ça, ce sont deux hockeyeurs en train de se battre pour un palet sur une patinoire ». La capacité de perception du monde et son interprétation dans les moindres détails, c'est l'un des points qui manquait à l'intelligence artificielle.

 

Quand on parle d'intelligence artificielle, on pense immédiatement aux robots.
On commence à avoir des robots capables d'avoir des interactions physiques assez avancées comme la préhension subtile, c'est-à-dire la capacité de saisir un objet fragile sans le briser. C'est bien de se dire que de grands chirurgiens internationaux peuvent à distance intervenir partout sur la planète. Mais d'autres questions se posent. Devrons-nous laisser des personnes âgées aux bons soins des robots comme cela se fait déjà dans certains pays ? À quoi va vraiment servir le développement de systèmes intelligents capables de prendre des décisions à notre place ? À nous faire gagner du temps pour arriver à une vie plus humaine ? Ou à gagner en performance pour arriver à une vie encore plus dure pour les individus ?

 

Quelle est finalement la réalité de ce quotidien hyperconnecté ?
Dans les faits, ce qui est le moins extensible aujourd'hui c'est le temps. Il n'y a jamais eu autant de musique, de sites Internet, de séries TV... Notre cerveau est de plus en plus accaparé. Seules surnageront les choses qui s'imposent comme essentielles, dont l'importance dépassera le simple fait du service. C'est cas de Facebook, devenu une fenêtre sur le monde indispensable à beaucoup d'utilisateurs. Mais est-ce que ce sera le cas de la balance connectée ? Je ne sais pas. J'ai acheté un des premiers modèles. Tous les matins, elle me dit que j'aurais intérêt à maigrir... et je me dis qu'elle a raison. Mais je m'arrête là !

 

Qui est Yannick Lejeune

Directeur de la stratégie Internet d'un grand groupe d'écoles supérieures privées, il collabore aussi aux éditions FYP. Deux ouvrages ont été publiés sous sa direction, Big, fast & open data. Décrire, décrypter et prédire le monde : l'avènement des données et Tic 2025 les grandes mutations. Il est également directeur de collection aux Éditions Delcourt.

 

Par Alexandre Benoist