BOTOX(S)

 

expo-mourrons
 

L'éclosion d'une nouvelle scène


05.2014

 

Vivier de l’art actuel, le collectif Botox(s) a contribué à mettre en lumière des artistes émergents, parmi lesquels des jeunes plasticiens prometteurs.


En matière d’histoire de l’art, la Côte d’Azur n’est pas en reste. Elle a vu s’épanouir dès 1950 sur son sol l’École de Nice - même si les artistes ne se sont pas toujours reconnus dans ce vaste fourre-tout - les Nouveaux Réalistes, Fluxus et puis le mouvement Supports/Surfaces qui a libéré la toile du châssis à partir des années 70. Mais ici, l’histoire est en marche ! Place à la génération suivante et aux tout jeunes diplômés. Ces trente dernières années, la Villa Arson a joué un rôle crucial dans la formation des acteurs de cette scène actuelle. Il n’est qu’à voir la notoriété de Philippe Ramette, Michel Blazy ou encore Jean-Luc Verna pour s’en convaincre. Et derrière eux, la relève est déjà assurée. Ces artistes peuplent les expositions du réseau Botox(s).


UN TERREAU POUR LA CRÉATION

Chaque année, une trentaine d’espoirs ressortent avec le prestigieux diplôme de l’école supérieure d’art. La plupart d’entre eux montent à l’assaut de la capitale ou s’envolent vers des destinations plus abordables financièrement, comme Bruxelles ou Berlin. Sur la Côte d’Azur, La Station joue un rôle primordial pour ceux qui restent. Nichée dans une aile réhabilitée des anciens abattoirs de la ville de Nice, elle regroupe des ateliers sur 700 m2 ainsi qu’une vaste salle d’exposition. On y croise au moins deux générations d’artistes, avec plus de dix plasticiens en résidence. Ici, ils restent entre trois mois et plusieurs années. Ils ne versent pas de loyer mais apportent leurs compétences pour l’animation des lieux. C’est un espace fertile pour leurs projets. « Nous échangeons nos expériences, du matériel ou nous nous prêtons main-forte, par exemple, pour des sculptures, témoigne Aurélien Cornut-Gentille. Le collectif fait partie de ma pratique, mais je sais que certains artistes sont plus solitaires. » Fraîchement diplômé, il a participé récemment à la réalisation d’une vitrine collective pour le Musée d’Art moderne et d’Art contemporain de Nice, à partir d’un échantillon de végétation locale. Botox(s) compte également parmi ses nids d’artistes, le Connectif KKF/Keskon fabrique, un duo qui puise son inspiration dans la rue, ainsi que la halle Spada, une friche industrielle à l’est de Nice dans laquelle est rassemblée une trentaine d’ateliers de plasticiens.


IRRIGUER LES LIEUX D'EXPOSITIONS

Pour cette création émergente, le soutien de galeristes est fondamental. Aujourd’hui, Eva Vautier mise sur des talents diplômés de l’école comme la minutieuse Sandra Lecoq, qui tresse au mur des tissus multicolores qui se répandent sur le sol, ou encore Gérald Panighi, qui joue sur le décalage entre dessins et textes. Les coups de cœur de Maud Barral vont vers la poétique Ève Pietruschi, cette ancienne élève qu’elle expose dans un ancien hangar à bateaux superbement réaménagé sur le port de Nice. L’Espace à Vendre abrite quant à lui des artistes comme Karine Rougier, Emmanuel Régent, Jérôme Robbe, et des membres des ateliers Spada tels que Stéphane Steiner, Thierry Lagalla et Florent Mattei. S’il n’est pas évident d’entrer dans l’univers des galeries, qui reçoivent une myriade de candidatures spontanées, s’inscrire dans un réseau est alors un coup de pouce. Botox(s) peut servir de marchepied pour prendre son envol, il facilite l’accès aux gens et aux lieux. « En tant qu’artistes, nous avons déjà une vision transversale de ces interlocuteurs dans nos trajectoires de carrière, ce sont des structures différentes avec lesquels nous avons tôt ou tard affaire », témoigne Cédric Teisseire.

UN TREMPLIN POUR LA CAPITALE
Dans cette logique collective, on voit se distinguer des créateurs comme Jean-Baptiste Ganne, l’un des animateurs de la Station, qui a collaboré avec les musées nationaux des Alpes-Maritimes, à l’époque où ils faisaient partie du réseau. Le dernier exemple de l’impact de ce pôle est sans hésitation celui de Tatiana Wolska. Installée à la Station, cette jeune femme défendue par la Galerie Catherine Issert et l’Espace à Vendre était invitée récemment à Paris avec son collègue Vivien Roubaud, jeune talent de l’Espace à Vendre, et Thomas Turlai au Palais de Tokyo. Ces anciens élèves se sont approprié les modules de la Fondation Pierre Bergé, sous le commissariat d’exposition d’Éric Mangion, directeur de la Villa Arson. La plasticienne a proposé un archipel de formes construites avec des matériaux de récupération. Et ce n’est pas tout. Elle a décroché dans la foulée le prestigieux Grand Prix du Salon de Montrouge, qui réunit chaque année des plasticiens triés sur le volet et tient une place essentielle dans la détection de nouveaux talents.