BOTOX(S)

 

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Derrière le collectif, des lieux dynamiques


05.2014

 

 

Botox(s), vous avez dit Botox(s) ? Contrairement aux apparences, le mot – lancé par hasard lors d’une soirée entre amis – ne fait pas ici référence aux injections qui font fureur sur la Riviera, mais au plus grand réseau d’art contemporain du département. Car désormais, les groupements territoriaux d’art actuel ont le vent en poupe. Après l’apparition de Tram Ile-de-France dans les années 80, le pays s’est émaillé de ces collectifs mixtes qui fédèrent des professionnels de tous horizons. À côté de Pinkpong dans l’agglomération toulousaine, de Marseille expos en Provence, place à Botox(s) dans les Alpes-Maritimes. Fondée en 2007, l’association rassemble à ce jour une vingtaine de lieux, des quartiers populaires de Nice aux rues prisées de Monaco. Leur point commun ? Ils ont tous fait le pari de sortir des sentiers battus en défendant la scène émergente locale, française ou même internationale.

 

UN VÉRITABLE CREUSET DE GALERIES
D’emblée, la formation a réuni des structures de nature et de taille très différentes. « À l’époque, plusieurs lieux se sont créés au même moment à Nice. Nous avons alors eu l’idée de fonder une association pour être plus forts ensemble », s’enthousiasme Hélène Fincker, qui invite régulièrement de jeunes artistes à composer des expositions dans sa Villa Cameline-Maison abandonnée pour leur servir de galop d’essai. « Nous nous connaissions tous sur le terrain, mais l’objectif a été de le rendre visible auprès du grand public », poursuit Cédric Teisseire, à la tête du collectif d’artistes La Station et aujourd’hui, président du réseau. Dans le noyau de base de Botox(s), on retrouve des personnalités comme Éric Mangion, directeur du Centre d’art La Villa Arson. Le pôle regroupe aussi un nombre incroyable de galeristes. Au cœur de la formation, il y a en effet des piliers incontournables comme l’Espace à Vendre. Installée à quelques encablures de la gare, cette galerie dirigée par Bertrand Baraudou est devenue un véritable étendard de la création émergente. Il n’est qu’à voir les dizaines d’artistes invités cette année pour célébrer les dix ans de l’espace pour s’en convaincre. Avant de poser ses œuvres ici, ce passionné a partagé longtemps un local avec Ben dans la rue Vernier, repris aujourd’hui par sa fille Eva Vautier. Celle qui a grandi dans le bouillonnement artistique niçois soufflera la première bougie de sa structure cet été, contribuant ainsi au renouveau du quartier de la Libération avec les Éditions De l’Art de Florence Forterre.

 

UN MAILLAGE TERRITORIAL ÉTENDU 
À deux pas de la place Masséna, c’est la nouvelle galerie Depardieu qui a ouvert récemment ses portes : l’espace milite pour des artistes d’avant-garde qui travaillent sur différents médiums, parmi lesquels la vidéo, les installations, l’art numérique et la performance. La galerie Maud Barral, menée avec vigueur par l’ancienne assistante de direction de Jean Ferrero, prolonge quant à elle le réseau jusqu’au port de Nice. Si, au quotidien, ces galeristes mènent un travail de fourmi auprès des collectionneurs, des institutions publiques, et que leur participation à des foires internationales est devenue désormais vitale, l’association leur offre en complément une belle assise territoriale. Ces professionnels ont été rejoints spontanément par de véritables institutions au niveau local comme l’Espace de l’Art concret à Mouans-Sartoux et le nouveau Musée national de Monaco. Pour tous, c’est un gage de qualité qui contribue à élever le niveau. Botox(s) est un espace d’échange qui engendre une dynamique nouvelle. Dans ce microcosme de l’art, qui a une dimension humaine forte, les informations, compétences et moyens sont plus facilement mis en commun. Le visage du réseau est un site web récemment refait à neuf – Botoxs.fr – qui brosse sur une même page toute l’actualité des membres au travers de petites lucarnes. Il offre une vue panoramique des expositions en cours, décuplant ainsi les actions de chacun. La mutualisation des ressources, ouvre la possibilité de mener des projets qu’ils n’auraient pas entrepris seuls.

 

LA VISIBILITÉ AU-DELÀ DE NICE 
En dehors des plafonds d’époque de la Villa Cameline, une maison du début du XXe siècle dans son jus, la formation fédère d’autres initiatives privées comme celles de l’hôtel Windsor. Avec sa collection de chambres d’artiste, l’établissement ouvre une fenêtre sur l’art contemporain. « Le réseau déploie une multitude d’actions qui contribuent au rayonnement régional », témoigne Catherine Issert, galeriste historique à Saint-Paul de Vence, qui a joué un rôle central dans la constitution de la collection Berggreen présentée récemment au Musée d’Art moderne et d’Art contemporain de Nice. À titre d’exemple, la bande a ainsi lancé en 2012 un appel à projet sur le thème de la fin du monde. Une trentaine d’artistes ont planché sur la question. Leurs créations ont été publiées dans un journal distribué gratuitement à la FIAC de Paris et Artesima à Turin. Ce type de mobilisation met en lumière l’activisme de l’association auprès des collectivités territoriales qui participent à son financement. Car faute de moyens, beaucoup de projets restent dans les cartons. Botox(s) est devenu un centre d’expertise, un espace de concertation transdisciplinaire qui dispose de groupes de travail. Depuis l’an passé, il déploie un service de commissariat d’exposition pour les entreprises, écoles, fondations et autres établissements publics et privés. Fort de son succès, ce réseau est actuellement en passe de franchir une nouvelle étape : celle du mécénat, pour l’aider dans ses actions concrètes en faveur de la scène émergente sur le terrain.