Art autrement

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Xavier Theunis, Installation murale (store californien), 2016. Courtesy Galerie Catherine Issert © François Fernandez

Jeunes talents

  • Révélations d’aujourd’hui

05.2018

Ils réinventent l’art contemporain à travers des techniques ou des concepts originaux. Focus sur ces nouveaux talents, qui font le dynamisme artistique de Nice et de sa région.

Amandine Guruceaga
Quand le cuir joue la transparence
Diplômée des Beaux-Arts de Marseille, elle a été choisie pour participer à la prestigieuse résidence LVMH Métiers d’Art en 2017. Une occasion rare de plonger dans le microcosme de la tannerie Riba-Guixa, près de Barcelone. Elle a présenté le fruit de ses recherches dans une exposition à l’Espace à Vendre, à Nice. Et Ingrid Luquet-Gad d’expliquer, dans le livre Colour Sparks dédié à ces travaux : « Récusant l’alternative binaire entre art et artisanat, création et technique, les peaux baroques et changeantes d’Amandine Guruceaga, d’un violet moiré ou d’un vert chlorophylle, ouvrent sur une réalité nouvelle. Car plus on les observe, plus elles nous semblent habitées d’une présence quasi ésotérique. Là, les règnes animal et végétal se réconcilient au sein d’une vaste synthèse. »

Tom Giampieri
Le temps des précipités de chimie
Héritier du mouvement Supports/Surfaces, ce diplômé de la Villa Arson a gardé de la peinture une composante essentielle, sa couleur, pour mieux la pousser dans ses retranchements. Travaillant le papier par teinture, il met en place des procédés chimiques qui échappent à son contrôle, devenant alors le spectateur d’œuvres autonomes d’où émergent des images. Parmi ses dernières recherches, on peut citer ses toiles aux textures incroyables, nées de l'action de bactéries issues de boues rouges. Autre particularité des œuvres de cet alchimiste moderne : plutôt que de chercher la permanence de la couleur, il anticipe au contraire son inéluctable déperdition. Ce faisant, elle devient alors un temps d’exposition, une vanité qui porte en elle sa propre expiration.

Alexandra Guillot
L’émergence de nos territoires immergés
Résidente à La Station à Nice, Alexandra Guillot nous embarque dans un romantisme noir, à la lisière du rêve et de la réalité. De l’installation à la photographie, en passant par le dessin, la sculpture, la vidéo, elle aborde le réel avec poésie pour en fait sortir des territoires invi­sibles. La marge, la nuit, les fantômes, le merveilleux sont autant d'éléments qui ressortent
de son œuvre, trahissant cette nécessité de donner à voir l'à-côté des choses. Dans un univers peuplé de photos et de meubles, de souvenirs kitsch qui font le terreau de l’onirisme dans un grand bric-à-brac, l’artiste invite à l’hypnagogie, cet état de conscience intermédiaire, entre veille et sommeil, qui survient durant la première phase d'endormissement.

Alice Guittard
Faire parler les pierres en images
Quand elle fait le tour de l’Islande, c’est en auto-stop avec un panneau barré de l’inscription « peu importe ». Née à Nice, elle fait partie des douze finalistes des Révélations Emerige 2017. Alice Guittard est de celles qui préfèrent au sommet à atteindre, la fragilité des dérives. Sa démarche artistique se dessinant au fil des rencontres, elle a été initiée à la gravure par un jeune lapidaire. Un événement qui l’a conduit à explorer la dimension symbolique des pierres, de fragments de plaques de marbre, sur lesquelles elle transfère des photos en noir et blanc. Si ces clichés figent l’image dans le temps, ils épousent aussi les accidents de la matière minérale. On y croise alors comme autant de micro-poèmes, graves et sensibles.

Xavier Theunis
Marquer le formalisme à l’adhésif
Est-on condamné aujourd’hui à l’ébauche approximative pour accéder au statut d’œuvre, sous prétexte de spontanéité, de force ou de caricature ? Ancien assistant de maîtres de la rigueur comme John Armleder et Pascal Pinaud, Xavier Theunis a choisi au contraire le formalisme du travail bien fait, non sans humour. Ce Belge installé à Nice, représenté par la galerie Catherine Issert, réinterprète les objets et le mobilier en se jouant des clichés de la domesticité haut de gamme. Tantôt il crée des vases, tantôt des vues d’atelier à l’adhésif verni sur aluminium thermolaqué. La mise en espace de chaque œuvre est ici capitale, elle interroge leur processus de fabrication et le sens à leur donner. Un travail, jalonné de citations de l’histoire de l’art, qui invite ainsi à la réflexivité.

Mathieu Schmitt
En collaboration avec les plantes vertes
Ses études le destinaient à une autre carrière dans l’informatique ou le multimédia, avant que son âme d’artiste le pousse à intégrer la Villa Arson, l’École nationale supérieure d’Art de Nice. Inspiré par le théoricien Heinz von Foerster, Mathieu Schmitt est porté par l’idée que les systèmes numériques qui ne laissent pas place à l’erreur ont fait leur temps. S’il utilise la technique, c’est pour mieux en jouer, laisser place à l’incertitude. Parmi ses travaux, cet artiste, installé dans les nouveaux ateliers A. Central au 109, dote entre autres les plantes de systèmes capables de mesurer leur activité électrique, permettant aux végétaux de gérer leur lumière, de recomposer des poèmes avec des morceaux de haïku ou de déplacer un module dessinant sur une surface.