ANGES-DEMONS

 

 
 montres sexi
 

Double jeu


11.2015

Les montres érotiques, chères au siècle des Lumières, relèvent de la prouesse technique. Les scènes coquines qu’elles abritent sont de véritables défis esthétiques, qui enflamment toujours les grands horlogers.

 

Comme le héros libertin avance masqué, les montres érotiques, nées de l’imaginaire d’horlogers anglais, français et suisses, cachent leur jeu derrière un couvercle précieux, un cadran sobre ou grâce à l’ingéniosité d’un mécanisme complexe. Ces garde-temps sont apparus à la fin du XVIIe siècle, au même moment que les mouvements à répétition minute, qui permettaient de connaître l’heure dans le noir. L’idée a germé dans les esprits moins innocents... Ces rouages pouvaient aussi animer des automates représentant des per­sonnages sur fond de scènes érotiques. Bousculant les mœurs conservatrices, religieuses et politiques de l’époque, ces objets étaient souvent interdits et saisis. Prétextes à l’amusement ou aux conversations galantes de l’aristocratie du XVIIIe siècle (d’où leur surnom de « conversation pieces »), ils se démarquent aussi par le défi technique et esthétique qu’ils représentent. Un exercice de style périlleux qui excite encore aujourd’hui les horlogers ! Alors quand Richard Mille décide de s’inscrire dans cette tradition, il révolu­tionne le genre de la montre polissonne. La Tourbillon RM 69 Erotique s’empare d’un design graphique et d’une forme d’expression totalement inédits. Cette édition limitée à 30 pièces permet d’afficher des phrases plus ou moins équi­voques, grâce à la nouvelle complication, baptisée Oracle. Ce mécanisme déclenche la rotation de 3 rouleaux, cha­cun avec 6 faces gravées de mots pour créer un message aléatoire sexy. « Avec la RM 69, l’amour et l’érotisme s’énoncent – clairement – avec des mots. Bien loin des scènes jouées par des automates, cette création joue sur le désir d’exprimer ouvertement la passion, la sensualité voire la sexualité » explique l’indépendant.

 

Romance vénitienne
Depuis 1980, Svend Andersen épate les amateurs avec ses montres à complications de haute horlogerie. La collection « Cabinet de Curiosités » réunit les « Automatiques Érotiques » déclinés autour de trois types de montres : Éros, Éros Classique et Éros XL.
Ces garde-temps cachent bien leur jeu. Les cadrans affichent en toute sobriété l’heure. Retournez la montre : au dos apparaissent les scènes interdites aux moins de 16 ans, créées à la demande du client. La première édition avec automate érotique portait le numéro 1 en 1994. Aujourd’hui, le modèle 171 est en cours de fabrication dans l’atelier. Chaque pièce est unique, réalisée et peinte à la main. Sensualité ouvertement assumée chez Ulysse Nardin avec la montre Erotica Jarretière. Le cadran osé de ce garde-temps en édition limitée à 28 pièces en or rose et platine raconte une histoire très explicite : celle d’une romance vénitienne. Sur le balcon, deux amants nus, des Jacquemarts en or, font l’amour sur un fauteuil au rythme de la sonnerie du mouvement Hourstriker. Il ne fait aucun doute que les montres polissonnes inspirent encore et toujours... Pour preuve, la très respectable manu­facture Blancpain qui donnait une seconde vie, en 1993, à la complication clan­­destine en présentant le calibre 332, utilisé pour animer les automates, érotiques ou non, de la grande maison. Épatants, ces modèles s’arti­culaient autour du plus petit mouvement à ré­pétition minute du monde. Plus suggestive, la Turbine Erotic de Perrelet, lancée en 2011, laisse entrevoir quatre tableaux au choix, inspirés des mangas japonais. Visibles par fragments der­rière les 12 pales de la turbine ou entiers lorsque la roue est lancée à grande vitesse.

 

Par Julie de los Rios