ANGES-DEMONS

 

 
 anges demons
 

Êtes-vous poil ou plume ?


11.2015

Le grand retour des anges et des démons, c’est ce qu’annonce, sous le titre anodin De Socrate à Tintin*, un savant ouvrage paru
aux Presses universitaires de Rennes. Un collège de chercheurs historiens s’y attache à démon­trer en quelques centaines de pages la récur­rence de cette croyance au cœur des religions, qu’elles soient monothéistes ou polythéistes. En dehors d’une compilation érudite des preuves de l’intérêt qu’ont toujours suscité ces êtres immatériels bien­faisants ou malfaisants, convenons que cette tradition, perpétuée par de nobles esprits et d’incontournables autorités religieuses, s’arc-boute sur des codes dont aucune morale ou philosophie n’a su se passer. La croyance aux anges, bons et mauvais, différencie le bien du mal, le vrai du faux et aussi, par induction, le jour de la nuit, le soleil de la lune, la lumière des ténèbres, le juste de l’injuste, l’élu du damné... Voire, anatomiquement, le poil de la plume. Eh oui ! Car c’est en s’incarnant dans l’imagerie que la définition ange et démon prend sa richesse, sa saveur et son ambiguïté. L’esprit et la matière, le pur et l’impur veulent s’y distinguer en représentant l’ange par la plume, le duvet et le démon par le poil, la fourrure. Tout un programme, d’autant plus que l’innocence des oiseaux n’exclut aucunement la fécondité du cloaque et que si la représentation du démon est assortie d’une queue et de poils, son animalité est très fréquemment bisexuée !

 

Entre l’ange démoniaque et le diablotin angélique
Convenons-en, c’est en amont du péché originel que le mystère du bien, du mal et de la séduction a commencé ! Nous n’en finirons jamais de gloser sur le sexe des anges, comme nous ne nous avouerons jamais ce qui fait le charme d’une diablesse ou d’un diable.
Dans le désir, nous-mêmes, sommes-nous ange ou démon ? Un démon qui joue de l’ambiguïté de toute séduction ou un ange qui, dans les feux de l’amour, se travestit en démon ? La mode, l’air du temps plus que jamais y concourent ardemment. Mode unisexe, façon garçonne, trans et androgyne, le croisement des genres est innovant et sexy ! Mais peut-on choisir ? Parions
donc sur l’irrésistible confort de la laine qui renie son origine pileuse pour imiter le duvet, lui-même se transformant en plume, dont on sait depuis Darwin qu’elle devient, dans la chaîne de l’évolution, ongle et griffe... Le diable ne s’habille-t-il pas en Prada ?