Portraits

 

 

 
 nathalie baye

Au côté de Nathalie Baye, dans le rôle de Francine, Iris Bry dans son premier rôle – la grande révélation de ce film. ®Ferrandis

Nathalie Baye

  • Pastorale, magistrale…

12.2017

Dans son nouveau film Les Gardiennes, l’actrice française, méconnaissable, interprète l’un de ses plus beaux rôles. À l’hôtel Prince de Galles, confortablement installée devant une théière de camo­mille et des petits chocolats, Nathalie Baye évoque avec émotion et humour son rôle d’Hortense dans le nouveau film de Xavier Beauvois, un « western agricole » au cœur de la France et de la Première Guerre mondiale. Les Gardiennes* rend hommage au monde paysan, au travail de la terre et aux femmes, éternelles oubliées de l’histoire des hommes.

 

COTE : Avez-vous longtemps hésité avant d’accepter ce rôle de paysanne usée dans la France rurale de 14-18 ?
Nathalie Baye : J’ai dit oui avant même de lire le scénario ! Xavier Beauvois m’avait donné le livre éponyme d’Ernest Pérochon, publié en 1924, dont il s’est librement inspiré. L’histoire de ces femmes chargées de prendre la relève des hommes partis au front m’a plu d’emblée, comme l’idée de tourner à nouveau pour Xavier.

 

C’est votre troisième film avec lui ?
N. B. : Oui, après Selon Matthieu et Le Petit Lieutenant, nous sommes devenus très complices. Au cours de ma carrière, j’ai eu beaucoup de chance de me retrouver plusieurs fois devant la caméra de réalisateurs tels que Truffaut, Godard, et plus récemment Xavier Dolan. J’éprouve beaucoup de respect pour Xavier Beauvois, l’homme et son travail. Nos sensibilités sont très proches, nul besoin de long discours pour nous comprendre. En général, je suis d’accord à 98 % avec ce qu’il propose sur un plateau. Et pour ce film, il était particulièrement inspiré. Xavier fait partie de ces très rares cinéastes dont la part artistique prend le dessus sur tout le reste. Dans cette ferme isolée où nous tournions, à la lisière de la Creuse, de la Haute-Vienne et de l’Indre, il modifiait très souvent ses plans, ses scènes, filmant ce que la nature lui offrait d’inattendu, de magique, comme un vol d’oies sauvages surgissant au-dessus de nos têtes...

 

Votre personnage d’Hortense n’était pas simple à interpréter, y compris physiquement...
N. B. : C’est précisément ce que je recherche au cinéma – la diversité, la complexité des rôles. L’aspect physique d’un personnage, peu avenant soit-il, ne pèse jamais sur mes choix, vu que de toute façon je me déteste toujours à l’écran et que je visionne mes films généralement dix ans après leur sortie [rires] ! Hortense est une femme admirable qui, alors que ses fils sont partis au combat, doit mener de front sa famille, les travaux de la ferme, la difficulté de la vie, quitte, à un moment décisif, à commettre un acte monstrueux... Me glisser dans la peau de cette paysanne, endosser les habits de l’époque, effectuer les mêmes tâches éreintantes, m’a fait comprendre à quel point ces femmes étaient des héroïnes. Sauf qu’une fois les hommes revenus de la guerre, elles sont retournées dans l’ombre, sans aucune reconnaissance.

 

La question de la crédibilité était centrale dans ce film ?
N. B. : Pour accéder à la vérité de ces gestes quasiment disparus, comme labourer, faucher, semer, nous avons suivi des stages à la campagne... Même si je savais déjà traire une vache ! « Martine à la ferme », ça me connaît [rires] ! J’ai eu pendant trente-cinq ans une maison dans la Creuse, dans un hameau uniquement habité par des paysans... De même, parce qu’ils étaient très lourds, entravants, nos costumes nous ont aussi beaucoup aidés à adopter la bonne attitude. La fatigue n’était pas feinte en fin de journée, croyez-moi... Mais quel bonheur de partager cette vie communautaire, en vase clos, dans cet endroit très sauvage, et au côté de ma fille...

 

Le choix de Laura Smet**, justement, comment s’est-il fait ?
N. B. : Xavier m’annonçait régulièrement la composition du casting. Un jour, il m’a dit : « Je sais qui va interpréter ta fille, c’est Laura ! » Avec sa volonté d’être toujours dans le vrai, son choix lui paraissait simple et imparable : « Vous n’aurez pas à jouer la mère et la fille*** puisque vous l’êtes dans la vie ! » Et en effet, jouer ensemble a été formidable. Laura est une bonne actrice, très investie. Je me souviens lorsqu’elle m’a annoncé, à 18 ans, son envie de faire du cinéma, j’étais très inquiète car c’est un métier qui peut se révéler parfois d’une grande cruauté. Je suis rassurée aujourd’hui. J’ai même accepté de tourner dans un court-métrage qu’elle s’apprête à réaliser...

 

Des projets dans l’immédiat  ?
N. B. : Oui, prendre des vacances et au soleil de préférence ! Je viens de passer quatre mois sous terre pour Nox, une série en 6 épisodes que Mabrouk El Mechri a réalisée pour Canal +. Nous avons tourné presque tout le temps dans les égouts de Paris, les catacombes, les carrières, les parkings... J’y joue une ex-flic au caractère de cochon qui part à la recherche de sa fille disparue, elle-même flic. C’est très sombre, au propre comme au figuré, terrifiant même par certains côtés.

 

Par Mireille Sartore

 

* Sortie le 6 décembre

** Laura Smet est la fille de Nathalie Baye et de Johnny Hallyday

*** Nathalie et Laura avaient déjà joué leurs propres rôles dans la série à succès Dix pour cent.