Portraits

 

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Philippe Jordan

  • « 90 % de mon travail est fondé sur les rapports humains »

12.2016

Humble, souriant, le Directeur musical de l’Opéra national de Paris, nous a reçus dans son bureau, au 8e étage de l’Opéra Bastille, qu’il occupera jusqu’en 2021 ! Confidences.

 

Confiance
« Parcourir le monde et les grandes maisons d’opéra en tant que chef invité est certes exaltant, enrichissant, mais l’alchimie n’opère pas systématiquement avec les musiciens. La découverte d’un orchestre reste une aventure singulière et passionnante, qui s’apprécie dans le temps, dans la construction. Disons qu’une petite année seulement après mon arrivée à la tête de l’Orchestre national de l’Opéra de Paris (en 2009, ndlr), une véritable confiance mutuelle régnait déjà entre nous... Le chef possède bien évidemment une vision, mais il dirige d’abord “un ensemble”, un groupe de personnes distinctes. Dans mon travail, je ne cherche surtout pas à contraindre la personnalité de cet “animal vivant” qu’est l’orchestre, mais bien à jouer avec sa matière sonore particulière, à la “façonner” ; 90 % de mon travail est fondé sur les rapports humains. Résultat ? Le plaisir de la découverte est toujours intact après sept ans de travail, et du fait aussi de la variété des répertoires abordés. »

 

Interprétation
« Un mot fascinant, mystérieux et... dangereux, auquel je préfère celui de “réalisation” de partition. Interpréter sous-entend la notion d’appropriation qui me dérange un peu. Quand un chef se présente devant l’orchestre, il a déjà construit une dramaturgie de la partition, scrupuleusement explorée, déchiffrée. Tant d’interprètes prestigieux ont par ailleurs contribué à magnifier certaines œuvres, il faut s’en inspirer, ne pas les ignorer, écouter les enregistrements des anciens, des confrères... Pour autant, une partition, même suivie à la lettre, restera toujours relative. Qu’a voulu signifier précisément le compositeur quand il signale forte ou fortissimo, combien de décibels au juste ? D’autres facteurs sont déterminants, comme la taille de l’orchestre, de la salle, sa résonance... Sans oublier l’héritage culturel : on ne joue pas la musique de la même manière en France, en Allemagne, aux Etats-Unis... qu’on interprète aussi de façon différente selon les époques, voire le goût du public... En fait, un bon musicien est un bon historien ! »

 

Croisement des arts
« Cette saison, je dirige quatre opéras dont trois nouvelles productions, et parmi celles-ci Cosi fan tutte de Mozart* que mettra en scène pour la première fois la danseuse et chorégraphe Anne Teresa De Keersmaeker (1). C’est indiscutablement la définition de l’opéra que le croisement des arts. Le rêve d’“art total”, associé le plus souvent à Wagner, traverse toute l’histoire de l’art lyrique. Musique, danse, poésie, arts plastiques, vidéo, cinéma et désormais nouvelles technologies, doivent fusionner au sein d’un spectacle, sans toutefois trahir l’œuvre. L’opéra est vivant, il est nécessaire de croiser au mieux les disciplines et les langages, autrement l’art lyrique devient muséal et dénué d’intérêt. »

 

Wagner, tellement loin...
« Je suis très content de diriger enfin Lohengrin, qui manquait à mon “palmarès” wagnérien ! En effet, avec cette nouvelle production*, j’aurai dirigé tous les opéras du compositeur allemand. Tant de génies me font du bien mais pas autant que lui, je l’avoue, dont l’accès à la partition me paraît plus “évident”... Chez Wagner, l’orchestre est présent de bout en bout. Sa musique est élémentaire, passionnante, dotée d’une énergie primaire. Mais seulement à première vue, car il va tellement loin... L’émotionnel influence le rationnel et l’histoire se retrouve comme grandie par la musique. »

 

*Philippe JORDAN À L’ŒUVRE

Du 18 janvier au 18 février 2017
Lohengrin de Richard Wagner (nouvelle production) à l'Opéra Bastille
Mise en scène Claus Guth, avec René Pape, Jonas Kaufmann, Martina Serafin...

 

14 février 2017
Messe en si mineur de Johann Sebastian Bach à l'Opéra Bastille

 

Du 26 janvier au 19 février 2017
Cosi fan tutte de Mozart (nouvelle production) au Palais GarnierMise en scène Anne Teresa De Keersmaeker. Avec Jacquelyn Wagner, Michèle Losier, Frédéric Antoun...

 

24 mars 2017
Beatrice et Benedict de Berlioz en version concert au Palais Garnier Avec François Lis, Florian Sempey, Stanislas de Barbeyrac, Sabine Devieilhe, Stéphanie d’Oustrac, Laurent Naouri...

 

Mais aussi
Le coffret DVD du cycle intégral des neuf symphonies de Beethoven par l’Orchestre et les Chœurs de l’Opéra national de Paris, enregistrées durant la saison 14/15.

Inclus le documentaire passionnant "Philippe Jordan, né pour diriger". Disponible notamment sur www.boutique.operadeparis.fr