Portraits

 

 
 Lanvin
 

lanvin le manifeste

  • D'albert Elbaz

10.2015

Il est l’une des figures les plus attachantes de la mode. À la tête de la direction artistique de Lanvin depuis 2001, il est l’invité de la Maison européenne de la photographie*.

 

Alber Elbaz est à la hauteur de nos attentes. Doux, attentionné, touchant, passionné, concentré. Jusqu’au 31 octobre, il habille les murs de la Maison européenne de la photographie. Contrairement à beaucoup d’expositions de mode, pas question ici de rétrospective. « Alber Elbaz / Lanvin – Manifeste » est une installation artistique introspective, orchestrée par le créateur avec l’aide de ses équipes, dont le photographe But Sou Lai qui l’accompagne depuis de nombreuses années. Ce parcours sensoriel parmi plus de 350 clichés nous plonge en immersion dans la machine à rêve. Avec un message clair : la mode, c’est avant tout une histoire d’hommes, de femmes, de volumes, de technicité et de détails.

 

Pouvez-vous nous expliquer le propos de cette exposition ?
Alber Elbaz : Je voulais raconter que l’histoire de la mode a été largement influencée par l’appareil photographique. Il ne sert pas seulement à la documenter. Son usage a modifié la mode en purifiant les lignes. Les réseaux sociaux et les écrans ont certes agrandi la mode mais l’ont aussi « aplatie ». C’est ce que nous avons voulu symboliser à travers ce labyrinthe d’écrans dans la pièce sombre. Mais dans la salle blanche, le laboratoire, on découvre qu’une robe naît toujours d’un tissu que l’on transforme en 3D.
C’est un manifeste esthétique, le désir de montrer la vérité de notre métier et du savoir-faire français. En confrontant l’objet, la robe et son rendu photographique, on montre une réalité intacte, sans Photoshop. On sent le parfum des mains ! J’ai aussi voulu exposer mes croquis, en grand, avec une lumière forte, pour ne rien cacher. Le croquis, c’est la naissance de l’idée, quand l’abstrait devient réel.

 

Quelles sont vos sources d’inspiration ?
Je ne cherche pas l’inspiration, je la trouve. Il n’existe pas de bibliothèque de la mode. La musique, les mots, les moments, la vie, c’est notre bibliothèque à nous les stylistes ! On vit dans un monde où les femmes, les visages, les corps sont parfaits. Puis le soir, on allume CNN et on voit bien que le monde est loin d’être parfait. Il faut composer avec ces deux extrêmes. Je trouve l’imparfait bien plus intéressant. En laissant une part d’espoir – que les choses vont s’arranger – il porte en lui l’infini. Il y a aussi des clichés en backstage.

 

Pourquoi avoir eu envie de montrer l’envers du décor ?
Il ne s’agit pas de faire du reality show. Je voulais montrer comment on travaille, on coud, on dessine. La mode, ce n’est pas seulement un monde superficiel sur papier glacé. C’est un univers bien plus profond. Elle cache des hommes et des femmes qui ne vivent pas en ville, prennent le métro, mangent un sandwich le midi et travaillent. C’est ce côté humain que j’ai voulu mettre en valeur.

Vous n’êtes pas sur les réseaux sociaux.

 

Comment est-ce possible en 2015 ?
Je n’ai même pas d’adresse mail ! Je crois qu’il y a un blocage dans mon cerveau. Je dis souvent que je n’ai pas d’amis photogéniques, juste des amis. Je veux être dans le réel.

 

Voilà 14 ans que vous imaginez la femme Lanvin. Qui est-elle ?
C’est vous, elle, elle et elle aussi. Ce n’est pas un club, ce ne sont pas des femmes qui se détestent. Les femmes Lanvin se reconnaissent entre elles.