METTEZ-VOUS AU VERT!

 
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Patrick Blanc

  • Le jardin fait le mur

10.2014

Chez lui, dans son paradis vert, l’inventeur du mur végétal vit sa naturelle extravagance au rythme de ses oiseaux en liberté et de ses 2 000 poissons.



Tout petit, il n’avait pas 10 ans, Patrick Blanc abritait dans sa chambre un aquarium dans lequel il décida un beau jour, afin d’en purifier l’eau, d’y intégrer quelques petites plantes. Surprise, il s’aperçut que les racines s’y trouvaient fort bien, s’y développaient, pointant déjà hors de l’eau l’extrémité de leurs feuilles. Notamment un philodendron, dont il ne tarda pas à attacher les premières tiges sur le mur… Convaincu, il passa ensuite une dizaine d’années à mettre au point le support adéquat afin que cette végétation grandissante – pour ne pas dire envahissante – ne soit la cause d’un dégât des eaux chez ses voisins… Finalement, ses idées germant comme des graines, ce fut le PVC qui retint son attention et sur lequel il commença à fixer par-ci par-là de petites poches de terre alimentées par un ingénieux système d’irrigation. Le mur végétal était né.

 

Inventeur et chercheur
Aujourd’hui, outre une reconnaissance internationale pour la qualité de ses travaux de recherche au CNRS – notamment la découverte de nouvelles espèces, telles que le bégonia blancii découvert sur l’île de Palawan (Philippines) et qui porte son nom – il voyage. Il voyage dans le monde entier, surtout dans les forêts tropicales, vouant une affection particulière pour les zones humides et les sous-bois, là où précisément les plantes s’adaptent mystérieusement aux faibles lumières, mais aussi pour les pentes escarpées, falaises calcaires et autres versants où la végétation a pris la singulière habitude d’évoluer à l’horizontale. Tout aussi à l’aise dans les cascades et marécages qui recèlent de véritables jardins, il reconnaît cependant rester très vigilant dans ces environnements souvent hostiles. Car entre eaux stagnantes, faune sauvage et maladies, notre explorateur moderne prend à chaque expédition des risques. « J’ai attrapé toutes les maladies qui existent, du paludisme à la leishmaniose. D’ailleurs, je suis connu dans tous les services des maladies tropicales de Paris comme le loup… blanc ! »

 

250 murs végétaux à travers le monde
Son premier mur végétal public créé à la Cité des sciences à La Villette en 1986 fut installé dans une quasi totale indifférence. C’est 8 ans plus tard que son « invention » sera soudainement mise en lumière avec un déchaînement médiatique inattendu. Succès immédiat et pluie de commandes pour ce qu’il qualifie de « tableau vivant et évolutif ». Quelque 250 murs végétaux plus tard, dont plus de la moitié habille les espaces publics, Patrick Blanc reconnaît que le concept n’a pas beaucoup changé depuis ses premières expérimentations. « Seuls le nombre d’espèces et l’adaptation climatique modifient mon travail. Ce qui est le cas pour quelques-uns de mes projets actuels : KAFD, le centre de conférences de Riyad, où, l’été, la température avoisine les 50 °C, le Miami Art Museum, avec ses 70 colonnes recouvertes de végétaux, ou encore le building One Central Park à Sidney, en collaboration avec Jean Nouvel. » Enfin, tout en dénonçant les dérives de l’écologie politique, il tient à exprimer sa crainte « quant à l’inquiétante croissance de la population mondiale, le premier et immense danger pour la planète. »

 


Par Louis Badie