METTEZ-VOUS AU VERT!

 
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Faites une cure de vitamine G !


10.2014

Oubliez pilules et autres boissons énergétiques. Pour faire le plein de peps, retrouver le moral ou encore améliorer ses performances, optez pour la vitamine G. Comme « green » évidemment !



« Shinrin-Yoku ».
Le mot est joli. Traduit, ce terme japonais est tout aussi poétique : « bain de forêt ». Cette pratique, qui consiste à se promener en forêt en étant attentif à son environnement – chants des oiseaux, parfums, bruissements – est considérée au pays du Soleil-Levant comme une véritable médecine antistress. D’où l’idée qui a germé dans la tête de Nicolas Guéguen, chercheur en sciences du comportement et professeur à l’université de Bretagne-Sud. À travers l’ouvrage, Pourquoi la nature nous fait du bien*, dont il est coauteur avec Sébastien Meineri, maître de conférences, il défriche une discipline en plein bourgeonnement mais appelée à une belle éclosion : la psychologie de l’environnement. Une nouvelle branche dont l’objet est d’étudier l’impact de la nature et les éléments qui la constituent sur notre comportement, notre jugement et notre bien-être physique et mental.

 

Des vertus antidouleur
Tout aussi jeune soit ce champ d’étude, les résultats sont là. Dans son livre, Nicolas Guéguen recense plus d’une centaine d’expériences menée ces dernières années. Exemple. Dans une recherche conduite par Lohr, Pearson-Mims et Goodwin, des étudiants devaient réaliser une tâche particulièrement génératrice de stress : appuyer sur une touche de clavier présentant la forme qui venait d’apparaître sur un écran. Dans la salle, on plaçait, ou non, une quinzaine de plantes vertes. Une mesure de la pression artérielle avait lieu avant, pendant et après l’expérience. Résultat : si la pression systolique est la même au départ, elle augmente moins vite avec la présence des plantes. Concernant la résistance physique et les vertus antidouleur, les conclusions sont tout aussi édifiantes. Aux États-Unis, des étudiants devaient plonger leur main dans de l’eau glacée et tenir cinq minutes. Sans les plantes, 30 % de réussite. Avec, 50 %.

 

La solution contre l’absentéisme au travail ?
Et la liste des bienfaits est longue. « On a aussi montré que des environnements de travail comprenant des aménagements floraux et des plantes d’intérieur diminuent l’absentéisme de 3,84 heures, réduit la fatigue des salariés de 20 %, dope leur productivité de 12 % et améliore la sensation de bien-être de 84 %. Dans des salles de cours, il a été prouvé que la présence de ces éléments naturels favorise la coopération entre enfants, diminue l’agressivité entre élèves et améliore les performances en mathématiques de 14 %, en orthographe de 12 % et en sciences et technologie de 11 %. » West a quant à lui observé que des programmes de travail sur des espaces verts (taille, jardinage…) offerts comme activités à des prisonniers induisaient moins de récidives par la suite (6 % de nouvelles arrestations dans les 4 mois de la sortie) que pour des activités intérieures (29 % de nouvelles arrestations dans les 4 mois). Plus intéressant encore, Park et Young ont démontré que des patients hospitalisés pour une intervention chirurgicale lourde et bénéficiant d’une chambre avec vue sur un parc consommaient moins d’antalgiques et cicatrisaient plus vite. Le temps d’hospitalisation était même réduit de 2,3 jours ! Un bénéfice évident. Mais là où l’affaire se complique, c’est que l’on observe sensiblement les mêmes résultats en utilisant… une photo du parc !

 

Une influence prouvée mais pas encore expliquée
Pour Jordy Stéfan, doctorant en psychologie, « c’est l’objet nature au sens large qui a une influence sur l’homme. Présence physique, observation ou représentation, l’effet “vert” est toujours aussi mesurable. » Pour l’heure, les résultats de toutes les études réalisées jusqu’à présent n’ont fait que prouver cette incidence, mais ne l’explique pas encore. « Nous ne savons absolument pas comment ni pourquoi cela agit. Y a-t-il un échange qui se produit avec la plante d’un point de vue moléculaire ou chimique ? Est-ce au niveau psychologique que cela déclenche quelque chose ? Si c’est le cas, alors on ignore d’où ça vient. La couleur ? La forme ? » Pour débroussailler tout ça, ce psychologue en herbe a signé en février dernier un partenariat de recherches avec une clinique lorientaise. « Nous allons travailler sur le bien-être, le stress et l’anxiété des patients sur un vrai terrain. Tester plusieurs combinaisons, plantes vertes réelles ou artificielles, fleurs, tableaux… Le but de ces recherches est de comprendre qui influence quoi. » Résultats dans quelques mois…
* Éditions Dunod, 288 p.

 


Par Alexandre Benoist